T’es confiné donc tu n’as rien à faire, n’est-ce pas?

Ceci est un coup de gueule.

La semaine passée, mon institution fermait. On nous assurait que les cours seraient maintenus tant bien que vaille, qu’on tiendrait compte du fait que ce serait une période difficile et que chacun ferait de son mieux. De toute façon on ne nous en tiendrait pas rigueur.

Aujourd’hui j’ai pleuré. J’ai pleuré parce que je ne retrouvais pas un document qui devrait nous être accessible sur la plateforme pédagogique de l’école. Risible me direz-vous ?

Bah en fait, j’ai pleuré parce que j’ai reçu un nième mail d’un prof qui nous imposait un travail dans les sept jours, sans s’être concerté avec les autres membres du corps académique, pensant que son cours est le seul qu’on ait actuellement. Cela porte à dix le nombre de travaux de plusieurs pages que je dois remettre dans ce délai.

J’ai pleuré parce qu’on nous balade sur trois plateformes différentes, pour suivre les cours, que toutes ne marchent pas de la même façon pour tout le monde et que si on n’arrive pas à suivre le cours, bah c’est tant pis pour vous, il n’y aura pas de rattrapage et ça vous pénalise. De toute façon, avec le wifi et comme vous n’avez rien d’autre à faire, vous n’avez qu’à être là, non?

J’ai pleuré parce qu’après avoir rédigé un de mes travaux jusqu’à pas d’heure hier pour qu’il soit remis dans les temps, j’ai reçu un mail du professeur qui m’engueulait parce que je n’étais pas là à la séance non-obligatoire. Et que ce même prof m’annonçait en bonus qu’un travail à lui remettre qui était prévu pour dans trois jours, est finalement à remettre pour ce soir.

J’ai pleuré parce qu’on se moque comme une guigne de notre avis puisque de toute façon, en confinement, on n’a rien à faire, on ne fait rien donc on va vous charger de travail histoire que vous passiez pas votre temps à procrastiner. Et, ah oui, les examens sont maintenus de toutes façons…

Pourtant, ce que mes profs ne savent pas ou font semblant d’ignorer, ce que nos sommes tous les trois malades, mes parents et moi. Du coup, on gère comme on peut en fonction des accès de fièvre de chacun. Alors certes nous ne sommes pas hospitalisés et peu à risques, mais bon il faut prendre le relais pour préparer le repas ou faire la lessive quand les deux parents sont au fond du lit et qu’étrangement, cela ne se fait pas tout seul, comme par miracle.

Et encore moi ça va. Dans ma classe, il y a ceux pour qui il est très difficile voire impossible de se connecter pour suivre les cours. Parce que le wifi est trop mauvais, qu’il n’y a qu’un seul ordinateur à la maison et que les parents télétravaillent dessus. Et oui, l’argent ne rentrera malheureusement pas tout seul, que ce n’est pas un étudiant qui en ramènera et qu’on est trop pauvre pour avoir un ordi portable pour son enfant. Ce sont ceux-là qui passent leurs journées dans les salles informatiques ou à la bibliothèque de l’école pour pouvoir rendre leurs travaux dans de bonnes conditions.

Il y a ceux qui sont parents d’enfants en bas-âge. Quand ils ont de la chance, il y a un deuxième parent pas loin, mais pas toujours. Du coup, il est compliqué voire impossible d’assister aux cours. Parce que les enfants ont besoin d’attention, que la petite s’est fait mal, que le petit a fait une bêtise, que c’est l’heure du biberon pour le bébé… Et non, qu’ils ne les mettront pas à la crèche ou en gardiennage parce qu’ils ont peur, parce qu’ils ne sont pas prioritaires, parce que c’est difficile…

Enfin, il y a ceux qui prennent en charge toute la gestion de leur foyer. Parce que les parents ou les proches sont malades chroniques ou en situation de handicap. Parce qu’à nouveau, les courses, le ménage et les repas ne se font pas tout seuls. Parce qu’ils ont peur que ceux qu’ils aiment attrapent la sale bestiole et qu’ils font tout pour que ça n’arrive pas, parce qu’ils sont à risques. Et finalement, ils portent la charge mentale et émotionnelle. Puis ils craquent.

Alors, je sais que face à ce qu’endurent nos soignants, nos médecins, nos pharmaciens, nos pompiers, nos policiers, nos techniciens des transports en commun, nos ouvriers, nos routiers, nos vendeurs dans les magasins (grandes ou petites surfaces), nos libraires… face aux risques qu’ils encourent, mon coup de gueule est risible. Et pourtant, n’est-ce pas trop que de demander à mes professeurs un peu de respect et d’humanité? C’est possible et je rends ici hommage aux deux seuls qui ont trouvé naturel de nous demander quand il était possible pour nous de remettre des travaux supplémentaires et d’enregistrer leurs cours afin que ceux ne pouvant y accéder puissent les suivre plus tard sans pénalité aucune.

Car après tout, “on ne vous en tiendra pas rigueur”…

One thought on “T’es confiné donc tu n’as rien à faire, n’est-ce pas?”

  1. covid19 dit :

    Hello @lexouille! Merci pour cet article! En ce qui concerne les cours en ligne je suis d’accord avec toi. J’ai 3 enfants à la maison et on nous balade aussi sur plusieurs plates-formes. Courage! Et n’hésite pas à revenir céans pour nous donner des nouvelles. Bonne journée.

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